Nous avons toutes et tous à y gagner !

Claire Alet, journaliste à Alternatives Economiques
Alternatives Economiques Poche n° 063 - septembre 2013
couverture
Femmes-hommes, l'égalité en action
septembre 2013

Mais qu'est-ce qu'elles veulent encore ? Les femmes ont le droit de vote depuis 70 ans, peuvent ouvrir un compte en banque ou travailler sans l'autorisation de leur mari depuis cinq décennies. Elles représentent aujourd'hui presque la moitié des actifs en France et sont désormais plus diplômées en moyenne que les hommes. Sans parler de l'émancipation de leur corps, avec le droit de choisir si elles veulent ou non des enfants.

Oui, mais… Les femmes ont certes investi massivement l'enseignement supérieur et le marché du travail, mais leur écart de salaires avec les hommes reste de 27 %. Elles ne représentent que 27 % des députés. Le plafond de verre pèse encore de tout son poids sur leurs carrières. Et la "trilogie des 80 %" est toujours d'actualité : 80 % des travailleurs précaires sont des femmes, 80 % des tâches ménagères sont réalisées par des femmes et 80 % des foyers monoparentaux sont féminins. En effet, l'accélération dans la réduction des inégalités, entamée dans les années 1970, s'est ralentie et stagne depuis la fin des années 1990. A ce rythme-là, la parité à l'Assemblée nationale n'arrivera que dans quinze ans, celle des salaires dans cent ans et celle dans la répartition des tâches ménagères au sein des couples dans 900 ans !

Un coup d'accélérateur est donc impératif si l'on veut que nos enfants connaissent l'égalité entre les sexes. La mobilisation de tous les acteurs est nécessaire : les pouvoirs publics, les entreprises, les syndicats et les associations, mais aussi les individus eux-mêmes. Chacun à son échelle peut participer à la prise de conscience de l'effet des stéréotypes de genre qui imprègnent encore la société de manière souvent invisible. Ce sont eux qui assignent les femmes à la sphère familiale et les hommes à la sphère professionnelle et politique. Dans cette mobilisation collective, le rôle d'éclaireur des militant(e)s féministes est primordial. D'autant plus que, comme chaque fois qu'un pas vers plus d'égalité est franchi - à l'instar du mariage pour tous - des voix s'élèvent pour freiner les changements. Des résistances très fortes s'expriment de la part de certains hommes, tétanisés à l'idée que davantage de mixité et d'égalité vienne bouleverser le couple et la répartition traditionnelle des rôles. C'est la crainte de "la fin des hommes" ou du moins de la domination masculine.

Pourtant, renverser un système de domination ne conduit pas nécessairement à faire des dominés d'hier les dominants de demain. Aller vers plus de mixité et d'égalité, c'est au contraire se diriger vers une société moins violente, qui engendre moins de pauvreté et d'exclusion. Si les femmes deviennent l'égal des hommes sur le marché du travail, et si les pères partagent les responsabilités familiales et domestiques avec les mères, il n'y aura pas de perdants. Car nous avons toutes et tous à gagner à vivre dans une société plus juste.

Claire Alet, journaliste à Alternatives Economiques
Alternatives Economiques Poche n° 063 - septembre 2013
 Commentaires
bcn, le 09/09/2013 à 17:10
Egalité salariale hommes femmes, certes, mais l'application pratique dans une entreprise est une autre affaire.
Coté hommes, il y a déjà des écarts salariaux pour des postes identiques: les raisons en sont diverses, expériences disponibilité efficacités différentes, voir ancienneté liée à majorations, ou encore parcours effectués ayant donné lieu à progression salariale que l'on ne peut réduire si l'on affecte la personne sur un autre poste moins coté mais sur lequel on a besoin d'elle etc...
Dans un service mixte, il sera difficile d'analyser les écarts salariaux sur le paramètre différence de sexes.. sans tenir compte de ces autres paramètres.
L'application pratique sera beaucoup moins simple que les concepts généraux le laissent entendre,
( il en va de même pour la "pénibilité", difficile à objectiver, ....'bonjour les discussions !
Jefpa, le 09/09/2013 à 19:06
1)La Déclaration des droits de l'Homme proclame l'"égalité en droits". Personne ne peut nier que c'est fait pour les femmes.
2)Passer de l'égalité en droits à l'égalité en fait cela s'est toujours appelé l"égalitarisme" et Alternatives économiques ne défend pas ce type d'égalité.
3)Le féminisme (et donc l'auteure) parle sans cesse de "stéréotypes" mais son discours n'est qu'un collier de stéréotypes : aucune interrogation sur l'origine de ces "stéréotypes" dont on se demande d'où ils sont tombés.
4)Parmi ces stéréotypes : la domination masculine. Qui suppose que tous les hommes dominent toutes les femmes : qui peut le croire ? (le chômeur allemand domine A. Merkel ??)
5)Des statistiques figées (= stéréotypes réels ceux-là...)qui ne tiennent pas compte de l'évolution (quelle différence de salaires entre hommes et femmes de moins de 30 ans par exemple ? et même paraît-il aux USA, une inversion des inégalités qui justifient le fameux bouquin annonçant la fin des hommes ... )et même fausses : les fameux 80 % de tâches ménagères assumées par les femmes démenties par le détail des statistiques (on généralise l'inégalité dans les tâches où elle sont à 80 % en omettant celles où elles ont beaucoup moins importantes voire nulles ...)
6)Pourquoi ne se préoccuper que des emplois obtenus par les femmes malgré leurs meilleurs résultats scolaires en moyenne et pas de cette inégalité de résultats qui date des années 1970 (mixité et féminisation massive du corps enseignant)?
7)On cherche à corriger les inégalités qui lèsent les femmes pas de celles qui lèsent les hommes : on se préoccupe de l'insuffisance des femmes dans les écoles et activités scientifiques et techniques (supérieures)mais pas un mot sur les 80 % de femmes à l'Ecole de la magistrature ...
Thierry VERSON, le 15/09/2013 à 19:44
Je ne suis pas sûr que le problème soit bien posé. Le problème n'est pas celui de la parité, mais celui de l'égalité, donc de la discrimination. Vouloir 50 % d'hommes et 50 % de femmes est antidémocratique pour ne pas dire stupide. L'important est d'avoir les plus compétents à leur poste, peu important qu'ils soient hommes ou femmes.
On peut parler d'éducation genrée, de sensibiliser les hommes à s'investir dans les tâches ménagères, mais, il est néanmoins difficile de contester que ce sont les femmes qui s'occupent le plus souvent des enfants et de l'intérieur et y sacrfient leur carrière, ce qui explique ensuite pour partie les inégalités constatées dans les entreprises. Pour parler de discriminaton, sans la nier, il faut s'appliquer à ce que les profils collent parfaitement.

Le réel problème, à la base de l'inégalité entre femmes et hommes, c'est que trop souvent les femmes ne peuvent faire d'autre choix que de supporter les enfants qu'elles ont et qui nuisent à leur capacité à trouver et tenir un travail. Le réel problème c'est le nombre important de femmes en situation de précarité, et qui est d'autant plus grave qu'elle atteint les enfants et pollue leur avenir.
La réponse ne peut-etre que politique, notamment en instituant un salaire parental qui rémunère la présence du parent auprès de l'enfant et l'éducation qu'il donne à l'enfant et dont profitera ensuite la société. Il faudrait d'abord concevoir l'importance del'éducation de l'enfant, génératrice au long terme de richesses pour la collectivité, à l'inverse de l'enfant non éduqué qui sera le plus souvent une charge pour la société. C'est la conception erronée de la primauté de l'économique sur l'humain qu'il faut contester pour instituer la primauté de l'humain et centrer la société, non plus sur l'entreprise, pour ne pas dire le grand capital, mais sur la cellule familiale.
Pris dans ce sens, le parent, donc la femme le plus souvent, trouve toute sa place et sa reconnaissance au sein de la collectivité. Aménager ensuite la vie pour permettre la réalisation du parent au foyer, sa sociabilisation et la meilleure éducation de l'enfant n'est plus q'affaire de détails. De manière non exhaustive, on peut citer, la promotion du temps partiel, du télétravail, du travail à domicile, de la formation télévision et internet, des audio et video conférences, les droits directs à la retraite etc...
Utopie ? Peut-être, mais dans un système qui n'a fait que démontrer ses échecs et sa perversité, pourquoi ne pas tenter autre chose ? il sera difficile de faire pire que la situation actuelle, en matière d'injustice et de bonheur manqué.
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